Dans un pays comme Haïti, les droits des enfants sont très souvent bafoués. Mais alors qui peut leur venir en aide et comment ? Gessika Thomas est là pour tout nous expliquer.
Commençons par les présentations :
Je m’appelle Gessika Thomas, je suis haïtienne, je travaille pour l’UNICEF en tant que staff national et je suis responsable de communication et de plaidoyer pour les droits de l’enfance.
Qu’est-ce que l’UNICEF ?
L’UNICEF, c’est le fond des Nations Unies pour l’enfance et c’est une organisation humanitaire mondiale que tu retrouves dans 190 pays, et a pour mandat de protéger les droits de chaque enfant. Sans discrimination, peu importe leur origine, leur race, tous les enfants sont égaux. L’UNICEF a pour mandat d’agir dans les domaines essentiels, par exemple tu as la santé, la nutrition, l’éducation, la protection de l’Enfance, l’eau et l’assainissement et aussi l’aide d’urgence lorsqu’il y a des crises. Et je peux aussi ajouter l’immunisation, ce qui veut dire tout ce qui a à voir avec la vaccination des enfants.
Mais alors quel est l’objectif de l’UNICEF ?
L’objectif de l’UNICEF est assez simple: c’est faire en sorte que chaque enfant survive, se développe et soit aussi protégé peu importe les circonstances.
Quel est le rôle de l’UNICEF en Haïti ?
L’UNICEF travaille pour que chaque enfant puisse survivre, apprendre, grandir en sécurité. L’UNICEF travaille aux cotés du gouvernement, des communautés et aussi avec des partenaires. Particulièrement pour protéger les enfants contre la violence, spécialement en Haïti: prévenir et aussi protéger les enfants qui sont victimes de recrutements par les groupes armés, de violences basés sur le genre et aussi tout ce qui a à voir avec la séparation familiale. Assurer aussi l’accès aux services essentiels, soutenir l’éducation et l’UNICEF donne aussi une voix aux jeunes à travers des plateformes, des programmes de leadership.
Revenons un peu en arrière qu’est-ce que le staff national ?
Aux sein des Nations unies, il y a plusieurs agences. Il y a différents types de fonctions: il y a les staffs nationaux, les staff de supports (de soutien)…
Être au staff national, ça veut dire que tu travaille au sein d’une agence des Nations Unies mais que tu es basé dans ton pays. Par exemple, moi je suis haïtienne, je travaille pour l’UNICEF, je suis basée en Haïti. Si je me déplace, et que je vais travailler dans un autre pays pour l’UNICEF ou une autre agence des Nations Unies, automatiquement que je ne travaille pas dans mon pays, je deviens un staff international.
Quel est ton travail au sein de l’UNICEF ?
Je travaille au sein de la communication et je fais aussi ce que l’on appelle le plaidoyer. Mon rôle consiste à donner de la visibilité à la situation des enfants, lorsque leurs droits sont marginalisés ou ne sont pas respectés. Dans mon rôle de responsable de plaidoyer je porte leurs droits et leurs voix dans les espaces publics, politiques et aussi au sein de toutes les communautés. Je travaille non seulement avec les responsables de l’état, par exemple en Haïti c’est l’état haïtien qui est chargé de faire respecter les droits des enfants, je travaille aussi avec des communautés locales et tout cela avec le mandat de l’UNICEF. Ça permet de soutenir la réponse humanitaire que l’UNICEF fait sur le terrain. Lorsqu’on fait des communication qui sont claires, éthiques et qui sont centrés sur les besoins des enfants. Les communications qui sont faites par l’UNICEF doivent être neutres, on doit toujours prôner le respect des droits de l’enfant. Lorsque tu travailles dans la communication, c’est très important; tu montres à travers des photos, des vidéos, des posts au public tout ce que l’UNICEF fait sur le terrain. Tu apportes la voix de la population local qui reçoit les services donc leur satisfaction ou leur non satisfaction parfois. Tout ce que il y a en terme de message que l’UNICEF fait passer lorsqu’on fait le plaidoyer pour les droits de l’enfance, doit aussi passer par la communication. On travaille aussi avec des médias locaux et internationaux qui viennent et constatent le travail de l’UNICEF, ou des fois la situation sur le terrain. L’équipe de communication doit surveiller au doigt et à l’oeil tout ce qui sort en terme de message de communication et tout ce qui peut entacher institution. Je dois aussi être neutre et protéger la population locale. Par exemple, si je prends une photo de quelqu’un, d’un enfant, je dois respecter la dignité de l’enfant, je dois avoir le consentement des parents pour utiliser ces photos ou cette image.
Y a-t-il des études spécifiques à faire ?
J’ai travaillé dans beaucoup de domaine, j’ai d’abord étudié l’administration d’entreprise en République dominicaine […] j’ai aussi étudié les relations internationales, et je viens de terminer des études en administration publique. Actuellement je fais un master en leadership international et négociation, ce qui permet d’avoir une idée assez large sur différents partis prenants. J’ai travaillé avec plusieurs types de gouvernements, en coopération international, ministère de la planification, j’ai aussi travaillé comme journaliste internationale. Normalement si tu as fais des études en journalisme, relations internationale, communication ou administration publique tu peux travailler à la communication.
Pourquoi travailler à l’UNICEF ?
Toute petite, je voulais être avocate au début, ensuite en grandissant j’ai toujours voulu travailler pour une cause qui soit plus grande que moi, mais qui ait un impacte qui aille même au-delà de mon pays. J’aime aussi voyager. Lorsque j’ai été recrutée, ça a été le début d’une longue carrière pour moi qui va me mener vers le travail internationale. Ça me permet de faire un impact dans ma communauté (en Haïti) et au-delà de faire entendre la voix des enfants d’Haïti, des femmes aussi et au-delà du pays.

Dernièrement Haïti s’est pris le cyclone Melissa de plein fouet. Les dégâts ont été très important :
Je viens de passer 3 semaines dans le grand sud, parce que la tempête Melissa a fait beaucoup de dégât. Depuis la grande-Anse, j’ai fais Les Cayes, Jérémie, Miragoâne, Petit-Goâve (là ou il a eu le plus grand dégât). J’ai ensuite été à Thiotte et à Belo sur le Sud-Est et à Jacmel.
Qu’as-tu fais pour venir en aide ?
Lorsque le cyclone avait été annoncé l’UNICEF en collaboration avec l’état haïtien (la protection civile plus particulièrement), ils avaient fait ce que l’on appelle un pré-positionnement, ce qui veut dire qu’il y a des matériels pour venir en aide aux gens (parce que l’on savait que le cyclone venait). On a mis des matériel pour le besoin des gens sur place. Par exemple, des kits d’hygiène qui contiennent du chlore, de l’aquatabs pour la purification d’eau, des serviettes hygiéniques, du savon, du dentifrice. Lorsque le cyclone est passé, en terme de dégât, spécialement à Petit-Goâve l’eau est monté tellement haut qu’elle a enseveli des maison, des voitures. Malheureusement y a beaucoup d’enfants qui sont morts et des parents aussi, parce que l’eau est arrivée en plein milieu de la nuit. À Petit-Goâve, il y a une rivière qui s’appelle la Digue, cette rivière a fait beaucoup de dégâts en emportant beaucoup de choses sur son passage. Lors de mon déploiement on a pu parler à des familles, on a pu constater les dégâts et on a pu intervenir aux cotés de d’autres agences des Nations Unies, par exemple le Programme Alimentaire Mondial [PAM], ils ont donné de la nourriture, des kits de nourriture etc… Il y a aussi eu des cliniques mobiles pour les personnes qui sont blessés.
Comment arriver à garder la tête froide en voyant tout ce qui se passe autour de toi ?
Ce n’est pas facile, parce que sur le visage de chaque enfant qui souffre, je vois mes enfants (je suis aussi une mère), je vois des enfants qui auraient put être mes enfants. Mais je m’assure de porter leur voix. J’essaie de voir le verre à moitié-plein, je dois faire mon travail le mieux que je peux afin que ces enfant-là aient un voix, afin que d’autres personnes qui peuvent les aider aussi puissent savoir ce qu’il se passe. C’est ça qui me donne cette balance, cette satisfaction: je sais que je peux aider à ma façon.

Être humanitaire, c’est une vocation, ce n’est pas facile, ça vient du cœur. Quand on choisit cette voix, c’est une voix aussi qui est assez solitaire. On est là au service des autres et parfois nos familles ne nous voient pas, parce que le travaille est assez dure, c’est très exigeant et on prend soin des autres. Je dis ça parfois: je prends soin des enfants des autres, je leur donne une voix, je suis la avec eux et je passe peu de temps avec ma famille. C’est une balance, c’est des sacrifices qu’on fait aussi: la vie d’humanitaire n’est pas facile.
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