La Malinche – Traîtresse ou héroïne ?

Si la photo de l’article est issue d’une série mexicaine récente, la Malinche est une femme qui a vraiment existé et a transformé l’histoire de l’amérique centrale ! Dans toute l’Amérique Latine, son nom résonne toujours comme celui d’une traîtrise, aussi négative que Judas. Mais depuis quelques années, un mouvement tente de la réhabiliter.
Plongez dans l’histoire de cette femme au destin incroyable !

Doña Marina, La Malinche
Doña Marina, La Malinche Kate Stephens (Public Domain)

Le contexte historique

En 1519, Hernán Cortés, un conquistador espagnol, arrive sur les côtes de l’empire Aztèque (Mexique) et revendique officiellement le territoire au nom de la couronne espagnole. Il se rend ensuite dans la région de Tabasco, au sud-est de l’empire où il rencontre une résistance et remporte la bataille contre les indigènes. Après cette victoire militaire, les chefs indigènes (les caciques lui donnent des objets de valeur
et des esclaves. Parmi ces derniers se trouve la Malinche.

Celle qui fut livrée comme esclave à une armée d’invasion porte le poids de l’invasion et de la conquête de l’Empire Aztèque. Ni Moctezuma ni les chefs qui ont conclu des pactes avec les espagnols, ni ceux que la fortune et les richesses ont corrompus n’ont été autant accusés que cette jeune femme indigène qui apprit l’espagnol et devint la traductrice de Cortès.

Des origines tragiques

Bien entendu, il est difficile de connaître avec exactitude l’histoire de cette jeune femme, car les sources aztèques manquent, et les sources espagnoles sont à prendre avec précaution. Voici l’une des versions de son histoire. Malinche, de son vrai nom Malinalli, naquit dans la région de Coatzacoalcos. Fille d’un cacique (chef) nahua, son destin prit une tournure tragique. À la mort de son père, sa mère se remaria et son nouveau mari, animé par l’ambition, décida d’éliminer tout obstacle à son pouvoir. Malinche fut alors vendue comme esclave quand elle avait une dizaine d’année et se retrouva à Tabasco, au sein d’une communauté Maya. Originaire d’une région qui parlait le nahuatl, la langue de l’empire aztèque, elle apprit ici un ou deux langues issues de l’Empire Maya.

D’esclave à interprète-diplomate

Revenons à notre histoire. Après la victoire militaire de Cortés, les indigènes vinrent lui offrir des présents. Le problème ? L’interprète de Cortés, Geronimo de Aguilar, ne comprenait que le maya mais ne parlait pas la langue aztèque, le nahuatl.

Malinche, elle, comprend les deux langues et assure la traduction entre les espagnols et les indigènes. Cortés comprend alors rapidement tout le bénéfice qu’il peut tirer de cette esclave. Du jour au lendemain, le destin de Malinche bascule, la jeune femme devint alors interprète. Pour elle, les Espagnols ne pouvait pas être pire que ses tortionnaires. Ainsi naquit une chaîne de traduction inédite : du nahuatl au maya avec Malinche, et du maya au castillan (la langue espagnole) avec Aguilar. En quelques mois elle apprend l’espagnol et peut servir d’interprète directe pour les trois langues.

La jeune femme qui a l’instinct de survie chevillé au corps sait où va son intérêt. Elle connait l’empire aztèque de l’intérieur et surtout ses faiblesses. Malinche met donc ses connaissances et son intelligence au service des Espagnols En tant qu’unique personne en charge des traductions entre les Aztèques et les Espagnols, elle est de fait diplomate et mène les rencontres avec les autres dignitaires aztèques. En effet, en tant que membre du conseil de guerre et interprète de Cortès, elle est le point de contact principal pour les conversations les plus importante. comprenant les codes culturels et les protocoles de l’autorité, elle était capable d’expliquer à un chef cacique ce que représentait l’arrivée des Espagnols et simltanément de mettre en garde Cortés contre les tabous et les dangers d’une négociation sans profit. De plus en plus, on imagine qu’à plusieurs reprises, elle a probablement empêché des effusions de sang grâce à son intervention directe.

Mexico Vindicate La Malinche
Credit: Jujomx – CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Au service des Espagnols

L’un des épisodes les plus controversés de la conquête fut le massacre de Cholula. Selon la version espagnole, les Cholulans, alliés des Espagnols, préparaient une embuscade contre les conquistadors. Malinche, d’après plusieurs chroniqueurs (comme Bernal Díaz del Castillo), découvrit le complot grâce à ses conversations avec les femmes du village. Elle avertit Cortés, et la réaction fut sans pitié. Les Espagnols, avec leurs alliés Caltèques, perpétrèrent un massacre qui fit des milliers de morts. Le complot était-il réel, ou servait-il de prétexte pour semer la terreur ? Ce qui est certain, c’est que cet événement a ancré l’image de Malinche comme une femme ayant choisi son camp. C’était elle qui avait osé parler avant le massacre, celle qui avait averti les envahisseurs, celle qui avait trahi – du moins, c’est ce que beaucoup crurent parmi son propre peuple. L’image de la traîtresse devint indélébile.

Un autre événement le montre encore. En août 1519, situés dans la région du Tlaxcala,Malinche et Cortés marchaient vers la capitale de l’empire aztèque quand ils furent pris dans une embuscade. Les Tlaxcaltèques attaquèrent les Espagnols. Malinche sachant que les Tlaxcaltèques étaient ennemis jurés de Montezuma, elle parvient à négocier un cessez-le-feu. Sans Malinche, les Espagnols auraient été massacrés.

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This map of Tenochtitlan, the capital of the Triple Alliance or Aztec Empire, was published in Nuremberg in 1524. Based on a Nahua map, this was the first representation of the city seen in Europe.Click on image to enlarge

La chute de Tenochtitlan

Tenochtitlan est la capitale de l’empire aztèque au beau milieu d’un lac entouré de volcans, et certains de ses vestiges sont encore visibles dans le centre historique de Mexico city.
La population de cette ville est estimée alors entre 200 000 et 400 000 habitants, ce qui en faisait l’une des villes les plus peuplées au monde. C’est ici que vit Moctezuma II. De nouveaux, les sources de l’époque sont à prendre avec recul. L’empereur aurait été craint de son peuple comme de ses adversaires, à la fois guerrier valeureux, chef tyrannique, croyant fidèle à la religion de ses ancêtres et également devin. Alors que l’empire semble à son apogée, les rebellions sont fréquentes.

Dès novembre 1519, Moctezuma est pris en otage par les espagnols, après un premier contact où les témoignages se contredisent, mais semble atteste de problèmes de communication.

La chute de Tenochtitlan passe par de nombreux épisodes, et on estime que la moitié des Aztèques meurt de la petite vérole, transmise par les Européens, baissant fortement leurs capacités de résistance. Après un véritable siège d’environ 10 semaines, la ville tombe finalement le 13 août 1521.

Un héritage controversé

Même les sources espagnoles de l’époque louent Doña Marina (le nom hautement honorifique donné à la Malinche) et reconnaissent que la conquête de l’Empire Aztèque n’aurait pas été aussi simple sans elle. elle est donc vue comme coupable de la chute de son peuple, mais également comme une figure fondatrice du Mexique, selon à qui on parle d’elle. Et dans les années 60, elle a été utilisée par certaines figures féministes, qui ont fait de sa dualité et de sa complexité un symbole de la femme.

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